Volume 9 No 4





The Beatles on the Ed Sullivan Show DVD

par Jocelyne Rochon

9 February, 1964 : Où étiez-vous il y aura bientôt quarante ans (aie!), le 9 février 1964, vers vingt heures? Et bien moi, je me préparais à regarder Septième Nord (soap québécois à Radio-Canada qui se passe dans un hôpital avec Albert Millaire et Monique Miller), quand mon père nous annonce : " Ce soir, on regarde un programme américain appelé The Ed Sullivan Show ". Il voulait voir ce nouveau groupe britannique qu'il entendait matin et soir dans sa voiture chanter le " tube de l'heure " (numéro un depuis novembre 1963) : She Loves You. (Je sais qu'aux États c'était I Want To Hold Your Hand, mais, au Québec, on est différent, bon!). Dans ces années-là, quand un parent décidait, les enfants suivaient!!! C'est donc avec beaucoup d'amertume qu'on s'est résigné, mon frère et moi, à regarder Ed!

Et bien, on n'a pas attendu longtemps avant de voir apparaître à l'écran quatre grands singes, minces (" coup' donc, y portent-ti des talons hauts en plus? ") avec une " moppe " sur la tête!!!??!! Bon, mon excuse, c'est que j'avais sept ans et que mon grand frère de onze ans (et tous les adolescents du Québec, d'ailleurs) portait fièrement la coupe de cheveux appelée subtilement " la brosse "!! Ça fait que, passer de la brosse à la " moppe " en un clin d'œil… c'était pas évident!

Après quelques brèves tentatives de notre part pour retourner à Monique Miller à R.-C., mon père ne s'en laissa pas imposer et nous somma de " tourner le bouton de la télé " (ben oui, c'est comme ça qu'on changeait les postes en c'temps-là) pour nous ramener chez " Môssieur Sullivan "! Heureusement, ou malheureusement me direz-vous, car c'est à notre retour chez " l'oncle Ed " que le déclic s'est fait pour moi. La mélodie de All My Loving (je présume, car je ne comprenais pas un mot d'anglais) a accroché mon oreille et " la face du singe à gauche qui tient sa guitare à l'envers " a accroché mon œil! C'en était fait pour moi!! Mon univers venait de basculer, et ce, pour toujours!

Je vous ai raconté tout ça afin de vous faire partager les sentiments qui m'animent alors que je me prépare à visionner cette première émission au complet, et c'est réellement complet, les commerciaux compris. (On a malheureusement remplacé les annonces de cigarettes par des commerciaux de Pillsbury, m'a-t-on dit. Dommage, on aurait encore mieux capturé l'époque. Les Américains, vous savez!!!) Il en sera de même pour chacune des quatre émissions présentées dans ce mini-coffret à l'allure toute simple de deux DVD (deux émissions complètes de soixante minutes par DVD) qui nous font revivre dans son intégralité les quatre apparitions des Beatles au Ed Sullivan Show.

Si vous ne devez regarder qu'une émission complète (ce qui serait dommage), je vous suggère la première. Imaginez que vous êtes un ou une jeune adolescent(e) qui se fait taper les oreilles depuis des semaines par tous les animateurs de radio et les affiches qui clament " The Beatles Are Coming! The Beatles Are Coming! ". Vous avez entendu ce nouveau son excitant " Ya! Ya! Ya! "… et maintenant… vous allez les voir!

La première prestation arrive très vite. Les " moppeux " interprètent trois chansons (nous avons vu cette séquence maintes et maintes fois, mais pas dans son contexte exact). Alors le hic, c'est le temps d'attente pour la deuxième prestation. Imaginez (encore ce mot-là, quelqu'un devrait en faire une chanson … mais je m'éloigne) , imaginez des millions de jeunes dans leur salon qui s'impatientent et qui demandent : " Quand est-ce qu'y vont rechanter les Beatles? - Ed a dit qu'ils reviendraient, non? - C'est long ça, je veux les Beatles ". Et, au Québec, pour une petite fille qui vient de réaliser qu'il y a quatre gars encore plus beaux que Pierre Lalonde, dont un singe " mal-à-gauche ", cette attente est interminable. Peut-être ressentirez-vous aussi cette impatience à chacune des émissions.

DES PETITS BIJOUX

Soyons francs, Ed présentait toujours d'excellentes émissions bien remplies et très diversifiées. C'est ce qui fait, je crois, le charme de ces deux DVD. Bien que les prestations des Boys aux deux premières émissions soient relativement connues, mais toujours une joie à revoir, ce qu'il y a d'intéressant dans ce coffret, ce sont les petits bijoux de numéros que l'on retrouve pendant ces loooooongues attentes entre chaque apparition.

Vous découvrirez, avec enchantement, dès le premier soir, un très jeune Davy Jones (futur Monkey! Tiens, y'a un lien là, je le sens!!) qui interprète une pièce de la comédie musicale Oliver avec la célèbre Georgia Brown; un magicien et quelques stand-up comics qui tentent, en vain, de faire rire le très jeune auditoire, ne réussissant qu'en faisant référence aux Beatles. Et je ne vous parle pas des commerciaux! (Lipton Tea, Liquid All : les couleurs " plus " éclatantes qu'on nous montre… en noir et blanc??!!!) Certaines annonces sont mêmes présentées en direct!! Question : À quel moment, lors de la première apparition, verra-t-on à l'écran les noms de chacun des p'tits gars ?

16 February, 1964 : Cette émission, directement de Miami, contient également des petits bijoux de numéros très diversifiés. En chanson, faites connaissance avec la fameuse et jeune Mitzi Gaynor. Variété : vous aurez le souffle coupé par le numéro de The Nerveless Knocks. Encore une fois les stand-up comedians font diverses références aux " four Liverpudlians " afin de faire rire l'auditoire, beaucoup plus mature et plus nombreux (quatre mille) pour cette deuxième émission. Question : Qui fut le premier Beatle faire une présentation et quelle était la chanson présentée?

23 February, 1964 : Encore une fois, on nous présente les " moppeux " dès le début de l'émission. Seulement deux numéros au début et un à la fin, cette fois. Par contre, encore une heure des plus variées : Pinky et Perky (marionnettes amusantes), MoreCambe & Wise (qu'on a connu avec l'anthologie) et le légendaire Cab Calloway pour ne nommer que ceux-là. Bien évidemment, du stand-up et des commerciaux!! Question : Combien de chansons seront interprétées par George au cours de ces quatre émissions ?

12 September, 1965 : Plus d'une année s'est écoulée. L'évolution des Boys est frappante (cheveux encore plus longs, moins clean cut, un son différent). Ils ne sont même plus présentés en ouverture!!! Faut croire qu'on peut attendre maintenant!! Ce soir, une amie de Liverpool est présente : Cilla Black (vous remarquerez sans doute la ressemblance avec John! Oui, oui, c'est pas des farces!!) deux prestations, tout de même. Après Fantasio, le magicien, nos quatre bugs préférés nous arrivent, beaucoup plus relaxes; c'est évident qu'ils ont pris de l'expérience! Et ce soir, ils termineront réellement le " shouuu " (comme disait Ed) pour la première (et la dernière) fois. Mes Beatles (oui, en 1965, ils n'appartenaient qu'à moi … je croyais!!!) interprètent des pièces plus matures dont I Feel Fine et I'm Down (je vous laisse découvrir les autres lors du visionnement), et surtout, on entendra pour la première fois, Yesterday que Paul (vous vous souvenez? Le singe à gauche!) chantera seul avec sa guitare (comment ça j'ai pas perdu connaissance, je sais pas!! Je niaise, là!!). Mais, mon moment préféré, c'est lorsqu'ils chantent live (comme chaque prestation) Help dont John (vous connaissez John) a oublié les mots!! Question : Quel est le titre de la seule chanson qui sera interprétée par Ringo ?/

Somme toute, une présentation très chenue, mais un contenu " riche en petits bijoux de numéros " qu'on regardera à nouveau avec plaisir au fil des ans : les plus vieux, avec nostalgie, et les plus jeunes, avec toute l'impatience de la jeunesse, ressentiront, je l'espère, cet engouement qui nous a transportés il y a… (j'ose plus le dire) … L'important c'est que, grâce à la technologie, c'est à nous pour toujours! Et je ne vous ai pas parlé de la qualité de l'image qui vous épatera. On croirait que ça été filmé hier!!

Comme j'ai dû emprunter le salon de mon amie France pour visionner les DVD (non, j'ai pas de lecteur), cette dernière a regardé le tout avec moi et m'a assurée avoir bien aimé sa soirée, autant les divers numéros que les prestations des Boys (elle était mieux!) ce qui me porte à conclure que ces quatre émissions (même en omettant la présence des Beatles) sont un divertissement accessible à tous!

Pour ma part, après m'être replongée dans cette heureuse atmosphère des années 1964-1965, je n'ai qu'une chose à dire : " Merci Papa! "

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The Beatles "Let it be... Naked"

par Yves Boivin

1969. Le projet "Get back" est ambitieux. Les Beatles veulent faire un film qui montre le groupe se préparant pour un concert qui viendra le clôturer. Suivra ensuite un album spectacle de la prestation, produit par George Martin. L'idée du concert est finalement abandonnée et la musique qui figurera sur le disque devra être tirée des répétitions filmées. Ces dernières sont supervisées par l'ingénieur Glyn Johns. C'est donc à lui qu'incombe la responsabilité de construire un album à partir des nombreuses heures de fragments de chansons que les Beatles ont enregistré durant le mois de janvier. Son approche est de proposer un disque qui accompagnera le film: petits extraits de dialogues entre les pièces, une ambiance sonore très relaxée.

Sa première compilation est mise de côté pendant que le projet prend de plus en plus forme. Il propose au début de 1970 une seconde esquisse de l'album qui doit accompagner le film avec une sélection plus représentative de la musique entendue dans ce dernier. Cette version est également rejetée. Il se passe beaucoup de choses dans l'univers interne des Beatles et c'est finalement Phil Spector, réputé producteur et créateur du fameux "wall of sound", qui hérite du projet. Il le termine et donne un aspect plus structuré à la musique du groupe en y ajoutant des choeurs et des cordes sur certaines pièces. Rebaptisé "Let it be", le disque voit le jour en même temps que le groupe se sépare. Même si aucun des membres des Beatles n'a eu le courage de s'occuper de l'album, leurs sentiments envers ce dernier sont très partagés...

Avec "Let it be... Naked", la machine promotionnelle nous annonce que nous avons enfin la chance d'entendre l'album tel qu'il aurait dû être, quelques trente années plus tard. A son écoute, "...Naked" ressemble maintenant plus à un vrai album qu'à la trame sonore qu'il était: les bribes de dialogues sont disparues et on sent que la séquence des chansons est plus réfléchie. En effet, on débute avec "Get back" et "Let it be" clôt le disque. "Maggie Mae" et "Dig it" ont été mises de côté et "Don't let me down" fait finalement son apparition sur un album proprement dit. Le seul vestige du travail de Phil Spector encore présent sur "...Naked" est son arrangement de "I me mine" ou il a prolongé la durée de la pièce en répétant des couplets.

Bien qu'il soit toujours bon de savoir que les Beatles (Paul, Ringo et les deux veuves) sont encore capables d'accepter unanimement un projet, avions-nous besoin de ce disque maintenant? Outre la qualité sonore amplement améliorée, "Let it be... Naked" n'offre pas énormément d'arguments de vente pour les amateurs. En fait, les véritables mordus possèdent déjà probablement plusieurs heures de répétitions de "Let it be" dans leurs collections qui s'apparentent à "...Naked". Je crois qu'il aurait été plus sage de sortir le disque sur le marché en même temps que le DVD de "Let it be" que l'on attend impatiemment. Sa raison d'être aurait été plus légitime que d'avoir un produit à vendre pour le temps des Fêtes. On n'a qu'à se souvenir du DC "Yellow submarine songtrack" et de sa popularité lors de la sortie DVD du dessin animé.

Heureusement, l'ajout du disque "Fly on the wall" peut nous faire dire qu'il faut absolument se procurer "Let it be...Naked". Ce bonus nous offre environ 22 minutes presque chronologiques de dialogues choisis et bribes de chansons comme si nous étions dans le studio avec les Beatles, selon la publicité. On entend le Fab Four discuter entre autres du projet de spectacle, de leur attitude depuis le décès de M. Epstein ainsi que des répétitions pour "Child of nature (Jealous Guy)", "Because I know I love you so", "Fancy my chances with you" en ajoutant "Maggie Mae" et "Can you dig it?" pour ne nommer que celles-la.

Somme toute, nous sommes forcés de conclure que n'importe quel produit Beatles est toujours le bienvenu. Je crois cependant que notre liste de priorité quant à ce que nous voudrions voir sur le marché est quelque peu différente de la leur. Nous pouvons toujours espérer et être patient. Très patient.

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Larmes Douces Amères...
Concert For George | 29 novembre 2002 | Royal Albert Hall, Londres


par Michel Laverdière

Je ressens toujours un peu d'appréhension quand je dois visionner un tribute. Il y a toujours des artistes invités qu'on aime moins et le choix des chansons laisse parfois à désirer. Pourtant, dès les premières secondes du Concert For George, on sent qu'on va vivre une expérience unique. Certes, George Harrison était un Beatle, rien de moins, mais il était aussi le Beatle qui a ouvert la porte aux philosophies orientales et à la sagesse de l'Inde éternelle pour beaucoup d'entre nous. Le concert ne pouvait donc se contenter de n'être qu'une soirée mondaine.

Le DVD 1 (Concert complet) débute sur une prière indienne pendant qu'Olivia vient allumer les mèches de la lampe sacrée. Eric Clapton entre ensuite afin de souhaiter la bienvenue au public. La partie indienne de la soirée débute avec Anoushka Shankar au sitar, suivi de The Inner Light interprétée par Jeff Lynne, et enfin la pièce de résistance, Arpan, composée pour grand orchestre par Ravi Shankar en hommage à George. Véritable symphonie indienne de plus d'une vingtaine de minutes, quelle ne fut pas ma surprise d'y voir et d'y entendre parmi les solistes un bon ami à moi, le chanteur O.S. Arun, avec qui j'ai eu le plaisir de travailler à quelques reprises ici, à Montréal. Je ne m'étendrai pas sur cette partie du concert, mais je me permets de souligner que George Harrison était fasciné par la musique de l'Inde et qu'il nous est donnée ici une opportunité tout à fait exceptionnelle de partager son plaisir. Et ne manquez surtout pas Eric Clapton qui se joint à cet ensemble pour un solo de guitare classique.

C'est ensuite l'intermission, suivie de Monty Python, dont George appréciait l'humour caustique, puis le spectacle commence avec le band de George. C'est alors un feu roulant de chansons immortelles : I Want To Tell You (Jeff Lynne), If I Needed Someone (Eric Clapton), Old Brown Shoe (Gary Brooker), Give Me Love (Jeff), Beware Of Darkness (Eric), Here Comes The Sun et That's The Way It Goes (Joe Brown), Horse To The Water (interprétation époustouflante de Sam Brown), puis c'est au tour de Tom Petty et ses Heartbreakers : Taxman, I Need You, Handle With Care (avec Jeff et Dhani); retour à Eric Clapton et Billy Preston pour Isn't It A Pity. Et enfin, voici Ringo Starr pour Photograph et Honey Don't; Ringo présente ensuite Paul McCartney qui enchaîne avec For You Blue, commence Something au ukulélé, suivi du band, et enfin s'attaque à All Things Must Pass. Eric Clapton poursuit avec While My Guitar Gently Weeps avec Paul aux harmonies vocales; Billy Preston chante My Sweet Lord et Jeff Lynne, Wah-Wah. Joe Brown revient pour la finale, seul au ukulélé, et l'orchestre à cordes avec I'll See You In My Dreams, un des moments les plus touchants du concert.

Je ne m'étendrai pas sur les performances comme telles, car le titre de ce compte-rendu décrit assez bien la teneur de ce concert : larmes douces amères... N'oubliez pas votre boîte de papiers-mouchoirs. Ce sont plus de deux heures très touchantes, car vous les passerez en compagnie de gens très chers à George Harrison, au-delà de toute critique. Tout conflit a été mis de côté pour le plaisir supérieur de la musique et de rendre hommage à un artiste exceptionnel. Le plus touchant, c'est de toujours apercevoir Dhani à la guitare parmi les musiciens qui ont joué avec son père. Dhani, qui est le portrait du George Harrison d'à peine vingt ans qui jouait au sein d'un groupe légendaire dont il est désormais et à jamais impossible d'oublier le nom.

Je vous disais au tout début que je ne suis pas un fan des tribute ou autre Live-Aid, Farm-Aid et Cool-Aid aux fraises, mais ce Concert For George se situe à un autre niveau. Des Beatles, il n'y en avait que quatre; il en reste deux... On disait de George Harrison qu'il était le quiet one, le silencieux, et pourtant, c'est lui qui a composé Something, la deuxième chanson la plus reprise au monde - la première étant Yesterday, composée par un autre Beatle - et c'est lui, George, qui ouvrit toute grande, pour notre génération, la porte à peine entrouverte de la sagesse et de la spiritualité orientale.

Le monde entier, que dis-je, l'univers entier lui doit donc une fière chandelle...

Allez, n'hésitez pas, faites-vous un cadeau! Vous le méritez bien... Oh, j'oubliais, le DVD 2... C'est en fait la version éditée qui a été présentée dans les cinémas aux USA. On a évidemment coupé dans la musique indienne pour y inclure les répétitions du super groupe, des entrevues et des scènes croquées sur le vif dans les coulisses. Autrement dit, c'est le DVD pour la visite...

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