Volume 9 No 2





Il y a des hommages meilleurs que d'autres...


par Roger Drolet

SONGS FROM THE MATERIAL WORLD
Artistes variés
(Koch)

Les fans les plus assidus étaient en droit de s'étonner qu'un album-hommage à George, décédé en novembre 2001, ne soit pas produit plus rapidement. Mais, quelquefois, il est préférable d'attendre plus longtemps encore… Autant vous dire tout de suite que je préfère des covers qui donnent des éclairages différents sur les morceaux choisis, par exemple en changeant le rythme, les arrangements ou l'instrumentation. Les Beatles ont d'ailleurs été des maîtres en la matière pour les chansons des autres qu'ils incluaient à leur répertoire.

Je ne peux pas vraiment le cacher, ce disque me laisse sur ma faim. Mis en marché lors de ce qui aurait été le soixantième anniversaire du Beatle tranquille, c'est en fait un cadeau un peu bâclé duquel on a même réussi à retirer une interprétation très attendue: If I Needed Someone de Roger McGuinn des Byrds !

Ce n'est toutefois pas le genre de la maison de voir le verre à moitié vide, je vais donc noircir les prochaines lignes en vous livrant mes impressions sur ce disque qui mérite malgré tout une écoute attentive. Je ne m'attarderai que sur les titres qui se démarquent de l'ensemble de 12.

On ouvre avec l'un des flambeaux du rock, While My Guitar Gently Weeps, interprétée par Todd Rundgren. Version très proche de l'originale du double album blanc des Beatles, mais où la guit de Todd est assez brillante. Rundgren affirme aujourd'hui que c'est George qui a donné son sens à l'expression "guitariste soliste" ou lead guitarist. Il est bien bon ;-)

Dave Davies des Kinks a choisi une pièce du répertoire solo de Harrison Give Me Love (Give Me Peace On Earth). Dans ce cas, c'est la voix qui nous dépayse quelque peu puisque les arrangements sont, encore là, très collés sur l'originale de 1973.

L'ex-Who John Entwistle, décédé récemment, réussit à insuffler une énergie nouvelle à Here Comes The Sun et l'ancien bassiste des Stones, Bill Wyman avec son band Rhythm Kings, donne une saveur funky très contagieuse à Taxman. Une autre figure emblématique du rock, jadis membre de Mountain, Leslie West, transforme Old Brown Shoe en un blues plaintif assez éloigné de l'original.

Si je compte bien, ça fait 5/12. Cinq interprétations qui ressortent de l'ensemble. Ce n'est pas la note de passage qui aurait été d'au moins la demi-douzaine !

La seconde écoute de l'ensemble de 54:26 minutes ne fut pas plus convaincante, malheureusement. Les Masters Of Reality, Marc Ford, Big Head Todd and The Monsters, They Might Be Giants, The Smithereens, Wayne Kramer et Jay Bennett & Edward Burch ne donnent aucun relief particulier aux chansons retenues.

Les articles de presse que j'ai pu consulter suite à la parution du produit sont aussi mitigés. On y déplore notamment l'absence de plusieurs des grands titres de George dont My Sweet Lord, What Is Life, All Those Years Ago, Something et bien d'autres moins diffusées, qui méritaient une présence sur un tel disque. Et pourquoi les producteurs n'ont-ils pas été capables de convaincre McCartney et Starr d'y participer? Les contraintes contractuelles n'expliquent pas tout!

Peut-être eût-il mieux valu compiler un recueil des meilleures interprétations déjà entregistrées, au fil des années, par différents interprètes ayant chanté George ? Je propose d'ailleurs aux lecteurs du RQABulletin de me transmettre leurs choix par courriel. J'en rendrai compte, s'il y a lieu, dans une prochaine parution.

Pour revenir au début de cette page

 


PAUL McCARTNEY
Louis-Philippe Ouimet
Les Éditions Quebecor | 2003


par Michel Laverdière

Quel plaisir de lire un livre dédié à l'oeuvre de Paul McCartney, écrit en français et publié ici-même!

Pourtant le défi n'était pas évident sachant qu'il est presque impossible d'apporter quoi que ce soit de neuf au dossier en question. Qui ne connaît pas déjà l'histoire des Beatles ? Qui n'a pas suivi un tant soit peu l'aventure de Paul McCartney après la rupture de ce groupe légendaire ? Mais l'équipe de consultants est solide et Louis-Philippe Ouimet s'en tire très bien.

Le profane, le fan occasionnel, le nouveau fan et l'unilingue francophone y trouveront leur compte sans aucun doute. Les chapitres sont bien structurés et la chronologie des parutions apporte une lumière des plus bienvenues pour qui jette un regard intéressé sur l'oeuvre de Paul McCartney. Ceux qui ont déjà lu Many Years From Now et tous les autres ouvrages consacrés à Paul McCartney, au pis aller, y verront ici un rappel amical de ce que tout fan de Paul doit savoir.

Ceci dit, pas de problème : l'effort est plus que louable et le but est atteint. C'est un beau livre à posséder dans sa bibliothèque.

Maintenant, après les fleurs... le pot ! Ma première réserve concernera d'abord le choix de l'auteur quant au style choisi. Tout est écrit au futur simple : " Trois semaines après sa sortie, l'album McCartney deviendra numéro un aux États-Unis... " (page 28) ; " Le 5 novembre, McCartney signera avec la compagnie CBS pour la distribution de ses disques aux États-Unis..." (Page 92) ; " Submergé par la peine liée au cancer de son épouse, Paul restera sagement dans son studio... " (page 164) ; " Malgré tout, Paul reprendra le chemin de la scène... " (page 191) et ce jusqu'à la toute dernière page. Ce qui se veut au départ une tournure agréable devient lourd dès la fin du premier chapitre, sachant qu'on n'y échappera plus. L'utilisation abusive du futur simple devient vite impersonnelle, nous reléguant au rôle passif du spectateur " qui n'y était pas, qui n'y sera pas ". Sans tomber dans l'excès de certains auteurs (tel Geoffrey Giuliano, pour ne pas le nommer) qui nous racontent tout comme s'ils avaient été aux côtés de Paul à chaque instant de sa vie, nous aurions quand même apprécié un peu plus de " présence "... Disons que le livre souffre d'une déformation journalistique, tout simplement.

Ma seconde réserve concerne certains clichés que répète l'auteur. Louis-Philippe Ouimet est encore jeune et sa connaissance de Paul provient inévitablement de lectures et de comptes rendus de seconde main. Il se permet cependant de répéter, par exemple, que Paul n'a pas acheté le catalogue des chansons des Beatles parce qu'il est soit-disant avare : dixit Peter Brown. La question du rachat des éditions de ces chansons est très complexe et la raison est loin d'être la simple avarice de Paul McCartney. Ce sont des transactions très complexes et beaucoup de personnes étaient impliquées dans ces démarches ; sans compter que le bluff a toujours joué une part importante dans le jeu de la finance. Plusieurs autres clichés seront cités comme si l'auteur espérait nous assurer de son objectivité face au sujet traité. Mais ces réserves, comme vous pouvez le constater, sont accessoires et ne devraient en rien vous priver du plaisir de lire ce livre.

Je terminerai cependant (au futur simple, comme il se doit), en citant la conclusion de Louis-Philippe Ouimet en page 196. "... Une chose est certaine, l'héritage musical qu'il laissera est imposant et a déjà influencé des millions de personnes. Paul McCartney : un immortel du rock. Les amateurs attendent cependant le retour du vrai McCartney, celui qui réussira à interpréter des mélodies hors du commun et aventureuses. Un McCartney curieux, innovateur et surtout désireux de pondre une musique pour les mélomanes, non pour les nostalgiques des années 1960. Le bassiste ressortira-t-il enfin sa Rickenbaker 4001 pour donner des spectacles époustouflants où le matériel produit pendant son impressionnante carrière solo sera enfin mis en valeur ? Car de vivre dans le passé pourrait bien éteindre la flamme qui animait le compositeur de jadis... "

" ...le retour du vrai McCartney ... curieux, innovateur et surtout désireux de pondre une musique pour les mélomanes, non pour les nostalgiques des années 1960. " Pour les mélomanes ? Quelle drôle d'idée que celle exprimée ici... Paul n'a jamais cessé de composer ! Il explore même la musique d'avant-garde depuis le milieu des années 60 au contact de Luciano Berio et de son épouse Cathy Berberian, John Cage, Stockhausen, des poètes William Burroughs, Allen Ginsberg, bien avant Lennon. Aujourd'hui, il explore encore le style classique pour piano, orchestre, choeur ou quatuor à cordes, l'oratorio, le poème symphonique. Et même la peinture moderne. Pourtant, d'aucuns espèrent encore que Paul réussira à nous donner des chansons égales à celles des Beatles...

C'est mal connaître l'histoire, à mon avis. Et aussi de l'avis d'éminents anthropologues qui s'entendent pour affirmer que la plupart des artistes ont donné tout ce qu'ils avaient de mieux, à une certaine période de leur vie. Par exemple, même si Mozart, Beethoven, Schubert ou John Lennon avaient connu une vie plus longue, ils n'auraient pas nécessairement créé une oeuvre plus grandiose. L'essentiel avait déjà été composé. Bob Dylan est encore vivant : pourtant, aucun de ses nouveaux enregistrements, aussi bons soient-ils, ne saurait surpasser ceux des années 60 pendant lesquelles il a tout simplement changé les règles du jeu, comme l'ont aussi fait les Beatles. Lennon a composé Imagine après la dissolution des Beatles, pourtant on se rappellera avant tout de John, le Beatle, et de l'impact de ce groupe dans l'histoire de la musique. Les Rolling Stones ? Elton John ? David Bowie ? Il en va de même pour McCartney : il était et sera toujours le Beatle Paul McCartney. Certes, il a créé, au sein de Wings et en solo, une oeuvre de qualité, quantitativement supérieure, mais elle ne surpassera jamais en importance et en pertinence l'oeuvre des Beatles. Son oeuvre principale est déjà accomplie. Ce que nous recevons de lui est un extra, une prolongation de son plaisir de créer. Mais tous le savent au fond d'eux-mêmes qu'il n'y aura aucune autre chanson de Paul McCartney qui saura effacer la " cicatrice musicale ", la trace indélébile brûlée au fond de leur coeur et de leur mémoire. Même le fol espoir qu'ils entretiennent ne résisterait pas à un simple interrogatoire...

Ajoutons quand même que la moyenne de Paul au bâton est supérieure à celle de beaucoup d'autres joueurs, aussi profitons de chacune de ses nouvelles oeuvres, sans attentes particulières autres que le désir de faire durer le plaisir...

Bonne lecture !

Pour revenir au début de cette page