Volume 7 No 4





Beatles Bop- Hamburg Days
The Beatles With Tony Sheridan


par Alain Lacasse

C’est en novembre dernier que la compagnie de disque allemande Bear family a lancé le coffret « Beatles Bop – Hamburg Days » par les Beatles avec Tony Sheridan. Sans le moindre doute, ce coffret peut être qualifiée de référence pour tous les enregistrements des Beatles pour la compagnie Polydor de Hamburg.

Nous y trouvons, en versions mono et stéréo, tous les titres enregistrés par les Beatles avec ou sans Tony Sheridan. Parmi ceux-ci, mentionnons Cry For A Shadow, Why , etc. Vous y entendrez aussi 3 versions différentes de My Bonnie (avec intro allemande, anglaise et sans intro), 3 versions différentes de Sweet Georgia Brown (la version originale, celle retravaillée pour le 45 tours américain et une autre datant de 1964, avec des paroles différentes). Nous y retrouvons bien sûr Ain’t She Sweet et plusieurs versions rares de ces enregistrements légendaires.

Le son est excellent. Bear Family a pu utiliser les bandes originales, ce qui nous permet d’entendre la meilleure qualité sonore possible. Le coffret contient un double album CD ainsi qu’un livre exceptionnel de 120 pages. Ce livre grand format, papier glacé et couverture rigide, nous présente des photos rares des Beatles , le contexte entourant les enregistrements, tous les détails techniques sur chaque chanson ainsi qu’une discographie internationale exhaustive. En passant, un membre très connu du RQAB, M. Gilles Valiquette, a participé à la production de ce coffret.

La présentation de ce coffret est très luxueuse et soignée. Il s’agit assurément du document le plus complet jamais produit sur les enregistrements Polydor des Beatles.

Ce coffret, disponible au Canada en importation seulement, n’est quand même pas à la portée de toutes les bourses. Attendez-vous à le payer entre $110 et $115 canadiens. C’est dispendieux. Mais il en vaut la peine. Il existe aussi une version plus économique de cet album sans le livre qui se vend entre $50 et $60.

La compagnie de disque Bear Family jouit d’une excellente réputation partout dans le monde. Beatles Bop – Hamburg Days prouve que cette bonne réputation est justifiée. Il est clair que ce coffret s’adresse en premier lieu aux collectionneurs Beatles. Si votre budget ne vous le permet pas ou que votre intérêt pour les enregistrements des Beatles pour Polydor est tiède, le CD In The Beginning paru en décembre 2000 chez Polydor demeure un excellent choix, à un prix très abordable.

Pour terminer, j’accorde une note de 10 sur 10 au coffret Beatles Bop – Hamburg Days des Beatles avec Tony Sheridan. C’est un produit exceptionnel qui couvre une période charnière de la carrière des Beatles. Avis aux intéressés, vous ne serez pas déçus. Je vous le recommande fortement.

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Driving Rain
(ou « Déclaration d’amour en 15 chansons »)



par Marie-Josée Pelletier

Bien franchement, après le spectacle-bénéfice donné à New-York et pour lequel Paul composa la (absolument exécrable) chanson Freedom, je vous avoue que mes attentes pour le nouvel album n’étaient pas aussi grandes qu’à l’habitude et mon anticipation dans les jours précédant sa sortie fut loin d’être aussi fébrile. Je me souvenais que les deux autres chansons tirées du nouvel album étaient «écoutables », mais ma mémoire était grandement entachée par le sentiment de dégoût profond qui resurgissait en moi juste à me remémorer brièvement la chanson maléfique (j’ai régulièrement des cauchemars où l’on m’attache et me force à écouter Freedom encore et encore jusqu’à ce que je meure étouffée dans mes vomissures. D’accord, j’exagère… mais si peu). Toujours est-il que, croyant que la sénilité précoce s’était emparée de mon cher Paul, j’étais très appréhensive face à Driving Rain. Cependant, lorsque j’eus enfin le courage d’écouter l’album avec attention, je fus très agréablement surprise. Oui, Paul, je t’aime encore, mais je t’en prie, ne me fait plus de peurs semblables !

Tout d’abord, voici quelques informations générales. Paul se sentait généreux : le disque contient 15 pièces originales et un peu d’espace supplémentaire à la fin pour graver des recettes de poulet au brocoli (c’est à dire que Freedom est incluse à la fin de l’album même si elle n’est pas indiquée sur la pochette du CD). C’est-à-dire qu'il nous offre un peu plus de 67 minutes de pièces originales, un plaisir auquel nous n’avions pas eu droit depuis 1997 avec l’album Flaming Pie. Le livret à lui seul ne m’a pas convaincue de la « non-sénilité » de McCartney : des pages rose et rouges contenant les paroles des chansons entrecoupées d’étranges photos distordues d’une bouilloire, une main, un dos de chien (Martha ou un successeur du même style), une oreille… étrange. Paul a ressorti sa basse Hofner des boules à mites une fois de plus et il en joue dans presque toutes les pièces. Les plus maniaques d’entre vous aimeront les informations données sur chaque pièce où l’on précise la marque de chaque instrument utilisé en plus du nom du musicien en jouant. Les musiciens se joignant à lui pour cet album furent Rusty Anderson (guitare, voix), Abe Laboriel Junior (batterie, percussions et voix), Gabe Dixon (claviers et voix) et David Kahne (synthétiseur, programmation, guitare).

L’album lui-même est assez calme et composé principalement de jolies ballades dont le thème principal est l’amour, comme vous pouvez aisément le deviner sachant que Paul s’est récemment fiancé. Cet album semble beaucoup plus personnel. Il aborde implicitement le désarroi voire le désespoir qu’il vécut après la mort de Linda ainsi que son «retour à la vie » aidé de la nouvelle femme dans sa vie, Heather, qui est assez évidemment la source d’inspiration de la grande majorité des pièces : From A Lover To A Friend, Driving Rain, I do (qui n’est ni plus ni moins qu’une déclaration d’amour), Tiny Bubble, About You et, bien sûr, Heather et bien d’autres… She’s Given Up Talking, m’a particulièrement accrochée par ses paroles intrigantes et sa musique et son rythme assez originaux qui détonnent avec le reste de l’album. Riding Into Jaipur, par son étrangeté rafraîchissante et ses petits airs indiens a aussi capté mon intérêt. From A Lover To A Friend, après quelques écoutes, est aussi devenue l’une de mes pièces favorites sur cet album.

Honnêtement, cet album sera loin d’être mon préféré de McCartney. Il n’y a pas assez de variété, trop peu de pièces vraiment originales et accrochantes. Cependant, étant une fan inconditionnelle (ou presque…), je sais que je vais finir par l’aimer (et pas juste un peu!) de toute façon. Et, bien franchement, si nous sommes dans un « fan club » de Beatles, par définition nous sommes à peu près tous très peu objectifs en ce qui les concerne. Alors si vous n’avez pas encore cet album, voulez-vous bien me dire ce que vous attendez ? !

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GEORGE HARRISON
1943-2001

par Richard Baillargeon (Beatle # A2061535)



Le plus jeune Beatle nous a quittés le 29 novembre 2001.

À vingt et un ans moins quelques poussières d'intervalle, deux des membres du groupe musical le plus aimé de tous les temps sont ainsi disparus de nos vies, le premier par la folie humaine, le second par la cruauté de la nature, qui peut aussi bien broyer ses enfants que les élever au rang de demi-dieux pendant quelques instants ou quelques années.

C'est bien cette réalité, faite de fragilité autant que de vanité que George Harrison avait su exprimer, alors qu'il n'avait que 27 ans, dans plusieurs chansons de son album All Things Must Pass. Ce mois-ci, alors qu'il avait plus du double de cet âge, celui qu'on a surnommé le Beatle timide, le Beatle rêveur ou encore le Beatle mystérieux (lui-même n'a-t-il pas utilisé le surnom de Mysterioso lors d'une collaboration avec Cream, le groupe de son ami Eric Clapton?) a franchi la frontière qui nous sépare de l'éternité... ou du néant. Avec lui, c'est un peu de nous tous qui s'en va. Si le départ précipité de John nous semblait un malentendu terrible, un odieux accident de parcours, celui de George s'inscrit malheureusement dans le cours inévitable des choses. Entre ces deux décennies, plusieurs de leurs fans ont vu partir des personnes qui leurs sont chères, éprouvant dans leur propre existence le vertige du temps qui passe. Cette fois, l'évidence frappe: l'éternelle jeunesse existe peut-être mais en dehors du temps, dans nos coeurs, par la musique, la beauté des fleurs, l'odeur d'un parfum, le goût du miel, l'étincelle d'un regard... mais pas dans le monde matériel, cette piste de course où l'être humain, pressé de toute part, n'est hélas qu'un visage anonyme ou un levier économique, quand ce n'est pas simplement de la chair à canon!

Oui, la jeunesse (peu importe son âge) est en deuil... et pas à peu près! Deuil de nos idoles peut-être, mais aussi deuil de nos illusions. Nous avons cru changer le monde, et le monde a trop souvent eu raison de notre enthousiasme. Nous avons voulu établir la paix, et la guerre nous a rattrapés. Que nous reste-t-il de ces élans? Il nous faudra bien, encore une fois, réinventer le monde. Collectivement, les quatre amis de Liverpool nous ont beaucoup donné, mais l'apport de George s'est toujours distingué, que ce soit sur le plan humain ou musical. Dès le milieu des années soixante, alors qu'il découvrait la culture de l'Inde et de l'Orient, on pouvait voir ses préoccupations évoluer vers la sphère spirituelle. Les propos de Within You, Without You par exemple, sont déjà à des lieues de ses premières compositions comme Don't Bother Me, et ce avant même que Patti et George ne se soient rendus à leur première séance de méditation. Plus tard, on a eu l'occasion de le suivre sur des sentiers d'une spiritualité ouverte avec des succès majeurs tels My Sweet Lord ou Isn't It A Pity. Mais pour la majorité de ses fans, c'est par leur curiosité pour des formes musicales et des sonorités asymétriques, auxquelles le monde de la musique pop était peu familier, que George et ses amis les ont rejoints. Au lieu de s'enrouler perpétuellement autour de Beethoven et de Chuck Berry, le guitariste a élargi sa palette sonore d'Est en Ouest (du Far East au Far West, littéralement) en incluant des formes aussi diverses que le raga indien ou le picking country & western à son jeu inventif; il nous a ouvert à l'expérimentation électronique aussi bien qu'à des instruments séculaires comme le sitar, le dilruba ou le sarod.

C'est maintenant à notre tour de faire fructifier les trésors et les aspirations qui se trouvent au-dedans de nous; la lumière intérieure que l'on retrouvait à l'envers du dernier 45 tours aux couleurs du soleil, c'est maintenant à nous d'en multiplier l'éclat. Quel plus beau cadeau à faire aux autres que de partager l'éblouissement que ces quatre-là nous ont donné? Et c'est là la contribution d'un regroupement comme le R.Q.A.B. Ne laissons pas la grisaille envahir le paysage et nos instruments muets croupir dans leur bulle!

Si nous nous sentons plus orphelins qu'hier, il nous revient maintenant de faire fructifier l'héritage. Et celui-ci est énorme: grâce à ces quatre chevaliers du possible, nous avons entrevu le paradis, nous avons deviné des couleurs, nous avons traversé le mur des merveilles. Nous avons aussi appris qu'on doit penser pour soi-même. Cela nous est-il arrivé en vain?

George avait récemment remis sur le marché ce qui nous semble maintenant avoir toujours été une sorte de testament musical, même en début de carrière. La boucle a ainsi été bouclée, le cercle s'est refermé. Tout ne fait que passer... à nous de jouer!

Bien sûr, nous éprouvons de la tristesse. Mais nous devons aussi éprouver de la reconnaissance. Merci pour tout, George. Avec toi nous avons fait un superbe voyage. Ne t'en fais pas, nous viendrons te retrouver un jour, quel que soit notre trajet. Et tu seras là pour nous attendre tous, comme ces fans que tu appelais affectueusement tes Apple Scruffs!

Mais ce soir une guitare pleure, doucement, toute seule dans son coin!

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