Volume 6 No 2





"BEING BORN WHERE YOU WERE BORN
CARRIES WITH IT CERTAIN RESPONSABILITIES"
Paul McCartney, Liverpool Oratorio


par Barbara Krauss

"D'être nés là où vous êtes nés implique certaines responsabilités" nous dit Paul McCartney dans une des pièces du Liverpool Oratorio. Dans le livret du disque Sir Paul McCartney's LIVERPOOL, Michel Laverdière précise quant à lui que: "l'être humain possède une āme. L'être humain vit dans une ville. La ville possède donc une āme. Elle possède des qualités et des défauts. Une ville n'est pas qu'édifices, maisons, rues et parcs. Elle se définit avant tout par ses habitants... Cet enregistrement est un humble hommage à Sir Paul McCartney, à l'amour qu'il porte à sa ville, et à son amour immense de la musique - un amour qu'il a toujours partagé si généreusement avec nous depuis près d'un demi-siècle."

Après une longue attente, j'ai finalement reçu ma copie de ce disque intitulé "Sir Paul McCartney's LIVERPOOL", un recueil de compositions de Paul interprétées par le Quatuor La Flūte Enchantée qui vient de paraītre chez ATMA et dont Michel Laverdière en est le producteur exécutif. Parce que je travaille dans le milieu de la musique classique et parce que je suis une grande admiratrice de la musique de Paul McCartney, j'anticipais la sortie de ce disque et je peux aujourd'hui vous dire que je suis emballée par ce que j'entends.

Cette anthologie débute avec une petite suite en trois mouvements intitulée Love In The Open Air tirée de la trame sonore du film The Family Way composée par Paul en 1967. L'arrangeur Anthony Rozankovic a utilisé de façon imaginative la samba, la valse et le rondeau. Ceux qui ont entendu la trame originale savent qu'elle était composée de courts extraits servant de liens entre les différentes scènes du film. Ceux-ci n'étant pas vraiment appropriés pour le concert, Anthony a réussi par ses arrangements à maintenir l'intérêt de l'auditeur sans pour autant s'éloigner du thème principal. La suite dure environ dix minutes, soit un peu moins de la moitié de la durée totale de la trame originale, mais elle donne une très bonne idée des thèmes principaux tout en évitant la répétition banale. L' interprétation, quant à elle, est de toute première qualité.

Vient ensuite une transcription du Liverpool Oratorio, beaucoup plus longue, plus élaborée. Chantal Hébert, membre fondateur du quatuor, en a signé les arrangements. Peut-être parce qu'elle est flūtiste elle-même, j'ai l' impression que cette pièce est la plus efficace de cet enregistrement. On sent que la musique trouve tout à coup sa propre raison d'être. Je dois vous avouer que j'étais d'abord sceptique à l'idée d'écouter un quatuor de flūtes traversières pour toute la durée d'un disque - même pour la musique de Paul McCartney ! J'ai souvent remarqué qu'au bout de quelques minutes, ce genre d'instrumentation a vite fait d'utiliser toutes ses possibilités et l'auditeur ne peut qu'en constater les limites. Mais je suis heureuse de vous dire que j'étais dans l'erreur pour ce disque car les arrangements sont si bien écrits, qu'ils nous présentent une si grande variété de textures et de nuances, que l'effet est beaucoup plus beau que je n'aurais pu l'imaginer. Une merveilleuse surprise !

Il est tout à fait évident qu'une attention particulière a été apportée à la tessiture, au jeu et à l'articulation afin de mettre en valeur le son velouté de cet ensemble. Ces musiciens jouent ensemble depuis plusieurs années et les quatre flūtistes - Chantal Hébert, Chantal Dubois, Josée Poirier et Jean-Philippe Tanguay se "sentent" en parfaite harmonie, preuve incontestable du professionnalisme de cet enregistrement.

Même le choix des mélodies démontre l'intuition dont a fait preuve le quatuor et Chantal Hébert a su tirer du Liverpool Oratorio les extraits les plus mélodiques : War, School, Mary Dee & Shanty, Spanish Lesson, Father, Crypt, Wedding, Mr. Dingle, Lullaby et March. On y sent une cohésion parfaite entre la légèreté du scherzo enjoué de Spanish Lesson et le thème poignant et intense de Mary Dee & Shanty. L'intérêt des pièces ne diminue jamais et la demi-heure que dure cette suite s'écoule très vite - preuve que le plaisir de l'écoute fait partie intégrante de cet album.

Le programme de ce disque est complété par un arrangement pour quatre flūtes de la pièce pour piano A Leaf par Robert Lafond et Distractions tirée de l' album Flowers in the Dirt, encore une fois par Anthony Rozankovic. Ces deux pièces démontrent à nouveau l'excellence et le professionnalisme qui font partie intégrante de l'esthétisme de Sir Paul McCartney's LIVERPOOL.

Ce disque est à mon avis le plus bel enregistrement, et le plus professionnel, de toutes les pièces classiques de Paul McCartney, et j' inclus ici le tout récent Working Classical. C'est un disque que vous allez apprécier même si vous croyez ne pas aimer la musique classique. Cet album démontre encore une fois le génie de Paul McCartney à créer une musique simple et belle qui peut s'exprimer dans presque tous les styles. Je dois ajouter que la musique sur cet enregistrement est tout à son honneur.

Barbara Krauss ( WYSU-FM, Youngstown, Ohio, USA)

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Gimme Some Truth
The Making Of John Lennon's "Imagine" Album

par Roger Drolet

Mai 1971. Y étiez-vous ? Où étiez-vous ? Personnellement, en pleine recherche existentielle et cégepienne. à Québec City. Je n'avais pas 20 ans, mais j'avais vécu, à distance, l'essentiel de la Beatlemania américaine. Je dis américaine, car évidemment à l'époque, je n'avais pas voyagé et je n'avais donc pu vérifier l'amplitude du phénomène Beatles ailleurs dans le monde. Mais qu'importe, je mesurais parfaitement l'influence incommensurable de l'oeuvre du quatuor avec la complicité de Brian Epstein et de George Martin, ne l'oublions pas.

Mais après 1970, pour les principaux intéressés, c'est la remise en question brutale. "Le rêve est fini..." comme l'a chanté John dans la chanson « God » John, Paul, George et Ringo doivent revenir à la réalité. Ce n'est pas évident pour aucun d'entre eux. Les disputes, les procès, les rumeurs véhiculées par les médias partout sur la planète ont raison de leurs systèmes nerveux. Même financièrement, malgré ce qu'on pourrait croire, ce n'est pas le Pérou! Il faut se rebātir une carrière en solo. Chacun de son côté, les quatre musiciens vont devoir apprivoiser leur destin individuel et continuer à créer.

Début 71, Paul vit en famille et initie Wings, un peu pour remplacer les Fab Four. George est en plein voyage spirituel et est porté par Krishna. Ringo fait du cinéma et enregistre plusieurs chansons pop à succès, même si sa vie personnelle est très perturbée. Et John, lui, où est-il, que fait-il ? C'est un peu ce qu'on apprend en visionnant ce documentaire. Comme le sous-titre l'indique, il s'agit des sessions d'enregistrement de l'album "Imagine", réalisé chez John et Yoko à Ascot en Grande-Bretagne. Vous savez, la demeure toute blanche dans laquelle le couple habita quelque temps avant d'émigrer aux USA. La petite histoire de ce film veut que John ait décidé de capter l'essentiel de ces sessions et d'en faire un film devant porter pour titre « Working Class Hero », du titre d'une chanson de l'album précédent, « Plastic Ono Band ». Toutefois, ce film ne sortit jamais et on décida plutôt d'illustrer plusieurs des chansons de ce nouveau disque en faisant ce qu'on appelait pas encore des vidéoclips mais dont John et les Beatles s'étaient servi plusieurs fois en carrière pour la promotion de leurs chansons.

Dans les années 80 et 90, on vit donc sortir des clips de ces sessions pour "illustrer" certains titres car les télévisions musicales comme MTV, Much Music ou Musique Plus - Musimax étaient maintenant la mode, mais le film original resta inédit. En 1988, on produisit le documentaire "Imagine: John Lennon" qu'il ne faut pas confondre avec celui au sujet duquel on écrit aujourd'hui. Toujours est-il que Yoko, qui gère avec parcimonie le patrimoine familial, décida en 1999 de ressortir l'album "remasterisé" et de l'accompagner d'un album "visuel". En fait, l'ordre dans lequel John avait disposé les pièces sur le disque « Imagine » original est respecté et on y voit évoluer les personnes qui gravitèrent autour de M. Lennon durant ces sessions qui sont probablement ses plus "intimes" à l'exception de celles de l'album "Plastic Ono Band". Les scènes, captées avec un équipement professionnel, sont très révélatrices de l'ambiance qui régnait à ce moment dans l'univers de John.

On peut y discerner les rôles respectifs que jouèrent Yoko, Phil Spector et les autres musiciens dont George Harrison qui joue sur 5 pièces. Il peut même arriver à John de s'énerver un brin lorsqu'il est contrarié. Mais comme le titre l'indique, son obsession n'était-elle pas d'obtenir la vérité!

Les blagues et pitreries caractéristiques du fondateur des Beatles sont aussi bien présentes et les scènes "studio" alternent en douceur avec les extraits où J & Y se livrent, par exemple, à diverses balades autour de la propriété et qui accompagnent les chansons.

En somme, 63 minutes en privé avec John et la bande, chez lui, à Tittenhurst Park en 1971, c'est du gāteau. À voir et revoir avec un équipement de cinéma-maison !

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