Volume 6 No 1





La fin des Beatles
30 ans déjà...

par Alain Lacasse

C'est le 10 avril 1970 que les Beatles sont devenus légendaires. Dans une entrevue à un journal londonien, Paul McCartney annonça qu'il quittait le groupe qui, en fait, n'existait plus. Tout ça au moment où la chanson " Let It Be " dominait le palmarès.

Trente ans plus tard, nous avons oublié l'impact qu'a eu cette nouvelle dans le monde. Jamais avant, ni depuis, la séparation d'un groupe musical n'avait fait les manchettes des grands bulletins d'information à la télévision. Compte tenu des moyens de communication de l'époque, personne n'avait vu venir cette nouvelle. Ce que nous savons aujourd'hui, mais que nous ignorions à cette époque, c'est que John Lennon fut le premier à quitter les Beatles. Il fit son annonce au groupe et au gérant Allen Klein en septembre 1969 lors d'une réunion au bureau de la compagnie Apple à Londres à la suite de son fameux concert à Toronto avec le Plastic Ono Band. Klein suggéra à John de retarder l'annonce publique de son départ de manière à ne pas nuire aux ventes de l'album Abbey Road et à la situation financière de la compagnie Apple. Tout le monde garda le secret sur le départ de Lennon. Toutefois, celui-ci, tout en continuant sa carrière solo, poursuivit son travail sur les enregistrements du groupe. Il a réalisé le mixage définitif de " You Know My Name " et a engagé Phil Spector pour qu'il réalise l'album " Let It Be " (il fut d'ailleurs déçu du résultat final). Toutefois, il n'a pas participé aux dernières sessions d'enregistrements des Beatles en janvier 1970 où ceux-ci mirent la touche finale à la chanson " Let It Be " et enregistrèrent " I Me Mine ".

Les changements dans le fonctionnement du groupe sont à l'origine de la séparation. Chaque membre avait un droit de véto sur les décisions concernant les Beatles. Lorsque John, George et Ringo passèrent outre au véto de Paul dans l'embauche d'Allen Klein comme gérant, ils commirent l'erreur fatale. Pour la première fois, un droit de véto ne fut pas respecté. Dans les mois qui suivirent Klein se fouta des 4 Beatles. La poursuite judiciaire des 4 Beatles contre Klein et la dissolution juridique de Apple et des Beatles demandée au préalable par Paul révélèrent, en dernier ressort, que celui-ci avait eu raison de s'opposer à l'embauche de Klein. D'ailleurs, John, George et Ringo reconnurent plus tard s'être trompé sur Klein.

D'autre part, l'arrivée de Yoko Ono dans l'entourage des Fab Four bouleversa complètement le travail du noyau créatif du groupe John et Paul. John souhaitait davantage créer avec Yoko qu'avec Paul. La présence constante aussi de cette dernière en studio gênait le reste du groupe. Rarement, les Beatles permettaient à des proches ou des étrangers de les observer en studio et eux seuls décidaient qui pouvait être en studio ou en régie. En ce qui concerne Yoko, John ne tint pas compte de cette règle et ignora la désapprobation des autres. Il faut minimiser l'impact de Yoko sur la fin des Beatles. C'est quand même John qui l'a imposée au groupe en dépit des règles internes de la formation.

De plus, l'usure du groupe a été un facteur déterminant dans cette séparation. Les Beatles ont tellement travaillé en si peu d'années. La production artistique du groupe était d'un volume très élevé en termes de quantité et exceptionnelle au niveau de la qualité. Une pause d'au moins un an ou deux était vraiment nécessaire. John, Paul George et Ringo devaient se reposer et se ressourcer. L'expérience des Beatles a amené d'autres groupes à prolonger leur carrière en prenant justement ce type de pause; pensons, par exemple, aux Genesis, Yes, Fleetwood Mac, Rolling Stones, Eagles, Pink Floyd et bien d'autres. Malheureusement, les éléments précédemment mentionnés dans cet article ont plutôt poussé le groupe vers la séparation plutôt que la pause.

L'annonce par Paul de son départ des Beatles n'a été que le résultat de toute cette usure et toutes ces frustrations. Un mois plus tard, en mai 1970, le film et l'album " Let It Be " furent lancés ainsi que le 45 tours " The Long And Winding Road " en Amérique du Nord. Le succès commercial et critique était encore au rendez-vous quoique les critiques mitigées sur l'album " Let It Be " étaient vraiment justifiées. Surtout que l'album précédent " Abbey Road " était un authentique chef d' oeuvre.

L'héritage des Beatles est fantastique. C'est le seul groupe dans toute l'histoire de la musique où chacun de ses membres dans leurs carrières solo respectives, a vendu des millions de disques et obtenu plusieurs numéro un au palmarès. Vous n'en trouverez pas d'autres. Ces faits sont d'autant plus méritoires étant donné qu'ils ont été principalement entre 1971 et 1973, victimes d'une campagne de dénigrement de la part de la presse musicale et d'amateurs de musique. Si dans leurs propres carrières, John, Paul, George et Ringo ne nous ont pas donné des disques aussi exceptionnels que ceux des Beatles, c'est principalement qu'ils n'ont pas appliqué dans leur entourage musical une autocritique aussi rigoureuse que celle qui prévalait chez le Fab Four et qui amenait la célèbre formation de Liverpool à se surpasser et à dominer tous les autres artistes populaires.

Personne depuis 1970 n'a pu égaler ou surpasser les Beatles. Pas plus John, Paul, George et Ringo. Certains, avec beaucoup de succès, s'en sont inspirés sans jamais les égaler. Pensons à Badfinger, Electric Light Orchestra, Abba, Elton John et bien d'autres. D'autres ont voulu, à l'instar des Beatles innover sur le plan musical sans jamais toutefois réussir à y accoler le succès populaire et commercial comme les Beatles savaient si bien le faire. Mentionnons ici Pink Floyd, Frank Zappa, Genesis, David Bowie, Kate Bush et plusieurs autres.

Il y a eu Bach, Mozart, Beethoven. Les Beatles ont indéniablement leur place aux côtés de ces génies de la musique. Il y aura d'autres talents musicaux exceptionnels dans le futur mais, 30 ans plus tard, celle des Beatles est acquise et incontestable.

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A Garland For Linda

A Commemoration Of The Life Of Linda McCartney

par Barbara Krauss, Michel Laverdière

Paul McCartney, John Rutter, John Tavener, Judith Bingham, David Matthews, Roxanna Panufnik, Michael Berkeley, Giles Swayne, Sir Richard Rodney Bennett, Ralph Vaughan Williams, The Joyful Company of Singers
Conducted by Peter Broadbent
EMI Classics

D'abord et avant tout, précisons tout de suite que cet album est de facture tout à fait classique et s'inscrit dans la tradition très anglaise des oeuvres chorales du début de ce siècle. Pour le profane, "A Garland For Linda" est certainement moins accessible que le "Liverpool Oratorio" ou "A Leaf". Paul ne contribue qu'à une seule des pièces interprétées par The Joyful Company of Singers qui, à deux reprises seulement, est accompagné à la flūte et au violoncelle.

Et, à priori, ce sont les collaborateurs qui attirent notre attention : Richard Hickox qui semble avoir supervisé les détails musicaux, de même que Sir R.R. Bennett, John Rutter et John Tavener dont les premières oeuvres avaient d'ailleurs été enregistrées par Apple à la fin des années 60. La plupart des autres compositeurs nous sont inconnus ici, mais s'inscrivent parfaitement dans la même démarche musicale.

À la première écoute, c'est une impression de gravité, de solennel, qui s'installe pour toute la durée du disque. Cela peut sembler étrange surtout que Linda n'a jamais laissé l'impression d'être une femme sombre, mystérieuse ou trop sérieuse. Par contre, c'est peut-être aussi la nature même d'un tel disque qui se veut un hommage à une personne décédée. Cette gravité et ce mystère soulignent néanmoins une grandeur naturelle qui émanait des yeux rieurs de Linda McCartney, la femme engagée, la mère et l'épouse de Paul pendant plus de trente ans.

Toutes les pièces de ce disque font preuve d'une grande inspiration et s'unissent entre elles telle, effectivement, une guirlande de fleurs rares, belles et odorantes, dans laquelle celle de Paul trouve une place appropriée.

D'ailleurs, c'est même après quelques écoutes que NOVA se dévoile enfin. Et c'est dans ce contexte qu'elle s'épanouit. On sait que Paul fait figure de novice dans ce milieu classique qui prétend étendre ses racines au plus profond d'une culture presque élitiste, mais son talent inné, sa classe naturelle, sa simplicité et avant tout son authenticité, lui permettent de côtoyer les plus grands musiciens et compositeurs classiques sans artifices et sans prétention, et sans jamais laisser l'impression de ne pas être à sa place.

NOVA, dans le contexte de ce disque, se rapproche beaucoup de la pièce de John Rutter, Musica Del Donum. Tous deux sont de solides mélodistes et leur approche d'une oeuvre chorale est très similaire. Rutter et McCartney semblent privilégier les belles harmonies serrées pour se permettre de douces dissonances très anglaises dans leur essence (en supposant que celles-ci viennent plus de Paul que de l'arrangement de John Harle). Il serait intéressant de savoir combien de temps Paul et John Rutter ont consacré à l'écoute de leur musique respective.

Depuis le début, je fais référence à la tradition anglaise des oeuvres chorales et je m'en voudrais de ne pas citer ici le nom de Gustav Holst, mieux connu pour ses compositions consacrées aux Planètes. Mais ses oeuvres chorales ont certes été d'une grande inspiration pour la plupart des compositeurs qui ont participé à cet hommage. On pense ici à Evening Watch, Hymns From the Rig-Veda, The Cloud Messenger, Hymn of Jesus...

Pour résumer, la pièce de Paul resplendit au milieu de ces oeuvres composées en l'honneur de Linda et le milieu classique international lui reconnaīt enfin une place bien à lui dans le paysage de la musique dite sérieuse. Et les plus grands d'entre eux n'hésitent pas à lui offrir l'aide technique nécessaire qui lui permet de passer de la conception et la création à la réalisation sonore. Un très beau disque, mais pour le mélomane averti et initié aux oeuvres chorales. Le profane, quant à lui, trouvera certes cet enregistrement plutôt austère.

Barbara Krauss, animatrice au réseau classique de WYSU-FM (Youngstown OHIO) et Michel Laverdière, XXI-21 Productions Inc., Montréal

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