Volume 3 No 1



Un certain été 1967...

par Jimmy Cardin

Déjà presqu'une année d'écoulée depuis "Revolver" le 8 août 1966. Ils étaient venus au Canada en août de la même année, à Toronto plus précisément. Mon frère aîné et moi-même regardions les trop courts reportages télévisés, et lisions les critiques élogieuses sur leurs spectacles au fameux Maple Leaf Garden. Deux spectacles dans la même journée, 15 et 17 000 spectateurs. Wow! On bavait de savoir que les Beatles n'étaient qu'à six heures et demie de voiture (sic!) de notre résidence. Notre père aurait pu au moins avoir pitié!

L'été 1967 par contre s'annonçait particulièrement chaud. Mon oncle Charley et ma tante Rita de Détroit étaient en état de panique en attendant la fameuse "lettre conscription" de l'armée américaine obligeant ainsi l'un ou plusieurs de mes cousins à combattre au Vietnam, je vois encore ma mère pleurer au téléphone à 650 milles de Détroit. Nous partagions tous leur drame. Mon oncle nous annonçait, que travaillant chez Ford, il était tout naturel qu'il s'achète une toute nouvelle Galaxie 500; nous la verrions cet été. L'Expo 67 arrivait à Montréal. Le métro souterrain de Montréal faisait son ouverture.

L'hiver avait été long et froid. L'année scolaire terriblement difficile, mais on espérait tout de même graduer en fin d'année. M.Lafontaine, notre voisin était propriétaire du seul et unique commerce de disques en ville: Le Centre Musical Enr.

Depuis maintenant un an, j'assistais M.Lafontaine dans de nombreuses tbches de toutes sortes. Son problème de hanches que je ne comprenais pas trop bien, faisait que mes petites tbches d'ordre physique, soit de placer les albums et 45 tours dans les sections appropriées, nettoyer le comptoir, etc. me donnaient accès à mon frère et moi-même à une source d'information et d'exclusivités musicales sur les Beatles uniques dans ma ville natale. J'étais devenu avec mon frère, le gars qu'il fallait s'approcher afin d'être parmi les premiers à pouvoir obtenir le prochain album des Beatles.

Juin 67 approchait à grands pas. On annonçait la mise en marché d'un nouvel album des Beatles. "Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band" serait lancé le lundi 3 juin 1967 a midi. Enfin! ENFIN! Finalement un nouvel album. Quel titre quand même! On n'y comprenait rien! M'enfin, ce serait sûrement excellent. Aucune opération de marketing majeure ne fut effectuée. L'album sortirait à midi le 3 juin 1967 partout au Canada. M.Lafontaine avait ses contacts chez Capitol à Montréal, et il fut parmi les trois premières personnes à recevoir ses commandes de nombreuses unités. On se les arrachait. C'était la pagaille que nous avait racontée M.Lafontaine. Nous le croyions chanceux d'en être sorti vivant.

Le jour "J" était donc arrivé. Mon frère et moi recevions de M. Lafontaine notre album en main propre à son arrivée de Montréal vers 17hrs; quelle cooncidence, juste après les classes! Nous nous étions rué vers le magasin vérifiant toutes les voitures approchant du magasin. Finalement, c'était bien lui qui arriva et nous l'aidions à débarquer les dizaines de boçtes d'albums des Beatles.

En tenant l'album dans mes mains, je sentis l'odorat du carton neuf, du plastique, et l'épaisseur de l'album lui-même. Nos bicyclettes "Mustang" roulaient à vive allure afin d'atteindre la maison familiale, ou au moins une dizaine d'amis vinrent nous rejoindre.

Le tourne disque "Stéééééérééééoooo" à deux haut-parleurs fonctionnait très bien et était prêt, nous informa mon frère Mario. Mon frère déposa la face B par erreur, donc, nous découvrions "Within You, Without You" comme première chanson. Ce fut le CHOC! WOW! C'était George qui chantait. La mélodie accrochait. Mon frère s'alluma une Player's pour imiter une ambiance psychédélique.

On tourna l'album, et y découvrit les vrais Beatles. Sgt. Pepper's, With A Little Help From My Friends, Lucy In The Sky, Getting Better, Fixing A Hole, et l'excellent A Day In The Life. Je brûlai de nombreuses aiguilles de son à faire jouer un album mystique. A l'été 67, mon univers comprenait ma chambre, mon bbton de baseball qui servait de microphone, et l'album de Sgt. Pepper's dont j'appris les paroles par coeur, avant même de ne pouvoir jamais apprendre mes dix commandements. Avec l'Expo 67, notre été fut comblé. Mes cousins de Détroit ne se rendirent jamais au Vietnam. L'un fut appelé, mais refusé à l'examen médical à cause d'un défaut mineur cardiaque. L'autre fonça volontairement sur un poteau avec son Harley Davidson et se brisa en miettes la clavicule, et fut donc également refusé pour cause médicale. Ce dernier mourut en 1975.

Les Beatles représentent une force musicale inconcevable à l'époque actuelle. Ils révolutionnaient les traditions sans violence verbale, physique, ou vulgarité. Le message était teinté continuellement d'amour. La musique faisait le reste. Le talent explosait de leurs cerveaux sans effort. A chaque écoute de l'album Sgt.Pepper's, je vibre profondément et me transporte dans le temps, et sans effort je revois ma chambre, mon tourne-disque et tous mes amis assis autour de mon frère et moi, le regardant tenir l'album de vinyle noir si précieux à nos yeux et à ceux de l'humanité.

Merci, John, Paul, George, Ringo. Merci pour avoir ensoleillé ma jeunesse. Merci de m'avoir éduqué musicalement. Merci pour toutes ces écoutes musicales interminables. J'avais un frère de sang et quatre autres frères que je n'ai jamais pu rencontrer! J'aime toujours tous ces frères et un de ceux-là me manque terriblement depuis 1980.

Aujourd'hui je tombe à chaque fois sous le charme des mélodies de tous les albums. La joie, le bonheur et l'humour de vos débuts furent extraordinaires. Nous avons vieilli avec vous. Nous sommes des millions sur cette planète à souhaiter que nos enfants ou leurs enfants un jour, puissent avoir la chance de vivre une expérience d'une décennie et plus, similaire à la nttre. Merci au destin d'avoir choisi notre génération qui fut la première à vous découvrir et vous apprécier. Votre musique fait partie de mon héritage personnel destiné à mes deux filles.

Malheureusement, la télévision, la commercialisation, le sexe et son exploitation, la complaisance de l'imbécillité musicale de certains, de surcroît trop souvent à l'état navet, ont pollué, reculé et/ou retardé l'évolution originale de la musique. Les influences actuelles ne peuvent que nuire aux possibilités réelles de voir surgir un jour un ou deux messies de votre genre. Je souhaite quand même sincèrement que le destin répète un événement comme le vttre. Merci! All You Need Is Love!

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