Volume 12 No 3





ECCE COR MEUM - Voici mon coeur
« Dans ma musique, je vous révèle mon coeur »
par Michel Laverdière

Le projet ECCE COR MEUM remonte déjà à plusieurs années, quand Anthony Smith, directeur du Magdalen College à Oxford, demande à Sir Paul McCartney de composer une oeuvre chorale pour l’inauguration de leur nouvel édifice. Paul et Linda s’y rendent pour visiter le collège et entendre le choeur en concert à la Chapelle. Inspiré par la beauté du lieu et la perspective de composer une oeuvre pour cet ensemble, Paul se met à l’écriture d’ECCE COR MEUM, mais la mort de Linda interrompt ce projet.

D’abord conçu pour choeur a capella, sans accompagnement, à l’instar de NOVA, ECCE COR MEUM se retrouve aujourd’hui, dans sa troisième mouture - la deuxième a été présentée en 2001 - augmentée d’une partition pour orgue et orchestre symphonique sous la forme d’un oratorio.

Paul fait appel une fois de plus à son équipe d’amis érudits afin de transposer ses programmations en partitions musicales, car Paul compose à l'ordinateur. Parmi ceux-ci, John Fraser, John Harle, David Matthews et Steve Lodder.

Oeuvre chorale dans la tradition de la nouvelle école britannique des John Rutter et compagnie dont les racines affirment clairement leur appartenance à la tradition des Haendel, Byrd et Dowland, ECCE COR MEUM porte néanmoins la signature particulière d’un Paul McCartney riche de l’expérience acquise au cours des productions précédentes dont le LIVERPOOL ORATORIO avec Carl Davis, A LEAF avec John Fraser, STANDING STONE, NOVA et WORKING CLASSICAL avec l’équipe nommée au paragraphe précédent. On y retrouvera aussi l’influence d’un célèbre compositeur britannique de réputation internationale, John Tavener, dont la carrière doit une fière chandelle à un certain batteur d’un certain groupe dont le label APPLE a publié les premiers enregistrements.

Inutile ici d’analyser la pertinence musicographique d’ECCE COR MEUM dans le paysage de la musique dite sérieuse car Paul McCartney échappe lui-même par son éclectisme aux critères rigoureux des érudits. Autodidacte, Paul n’a pas étudié la musique de façon académique et c’est avant tout son instinct qui le guide. Depuis son adolescence, il fait la musique qu’il aime entendre et non celle que la logique pédagogique aimerait qu’il compose. Ceci dit, ECCE COR MEUM vous laissera indifférent si ce genre de musique ne vous intéresse pas a priori. Mais si vous y prêtez l’oreille sans préjugé, si vous aimez écouter des oeuvres chorales, vous y trouverez de très belles pages et vous ne regretterez jamais d’avoir acquis cet enregistrement. Paul McCartney s’y dévoile en toute honnêteté et son grand talent de mélodiste s’y exprime à l’état pur.

On me demandait récemment laquelle des oeuvres classiques de Paul McCartney je préférais. Spontanément, je choisis le LIVERPOOL ORATORIO pour sa naïveté et la liberté avec laquelle Paul ose y mêler grandes mélodies pop, lignes classiques et même certaines tentatives de musique atonale. Mais aussitôt ai-je répondu que je réentends CELEBRATION, la finale de STANDING STONE et j’y vois une maturité posée et un souci de rigueur qui s’installe dans la composition. Je garde aussi une place toute particulière dans mon coeur pour A LEAF que j’ai eu le plaisir d’enregistrer à sa demande dans un arrangement pour quatre flûtes avec le Quatuor La Flûte Enchantée, et une autre fois au piano avec Alexandre da Costa. Il en existe une excellente transcription pour guitare écrite par Carl Aubut, aussi à la demande de Sir Paul, que j’ai eu l’honneur et le privilège d’entendre récemment. Puisse-t-elle être enregistrée très bientôt !

 

Pour en revenir à ECCE COR MEUM, c’est plus à son intériorité que Paul puise son inspiration première pour nous parler de l’état de grâce, en quatre mouvements :

I - SPIRITUS : « Enseigne-nous l’amour »,

II - GRATIA : « L’état de grâce »,

un INTERLUDE : Lamentation (instrumental),

III - MUSICA : « Comble-nous de joie »,

et enfin, IV - ECCE COR MEUM : « Dans ma musique, je vous révèle mon coeur ».

ECCE COR MEUM s’ajoute donc à un corpus impressionnant d’oeuvres composées par l’un des musiciens qui a marqué à tout jamais le monde de la musique, une première fois au sein des célèbres Beatles, une seconde et troisième fois en tant que Paul McCartney, en solo et au sein de Wings, et maintenant en tant que compositeur de musique classique. Ainsi s’enrichit une fois de plus l’héritage culturel inestimable que laissent les Beatles aux générations présentes et futures. Rien ne se perd, tout se crée...

Référence:

Paul McCartney - ECCE COR MEUM : Kate Royal, soprano ; Academy St. Martin in the Fields sous la direction de Gavin Greenway ; London Voices dirigées par Terry Edwards ; Ben Parry, maître de chant ; Boys of Magdalen College Choir, Oxford ; Boys of King’s College Choir, Cambridge Colm Carey, orgue ; Mark Law, trompette piccolo.

EMI CLASSICS.

 
 

 

 
La France et les Beatles vol. 1

Critique de Alain Lacasse

2 ans après la sortie de la compilation québécoise « Beatles 101 », nos cousins Français proposent une série de CD compilation intitulée « La France et les Beatles ». Cet ensemble de 5 CD s’inscrit dans un projet qui inclut aussi deux livres (Tome 1 et 2) du même titre.

A l’instar de « Beatles 101 », les cinq disques « La France et les Beatles » offre un large éventail de versions françaises des chansons des Beatles publiées en France dans les années 60 et 70.

Le volume 1 contient 21 titres enregistrés par des artistes de l’Hexagone plus ou moins obscurs de ce côté-ci de l’Atlantique. Certaines chansons attirent l’attention par leur fidélité aux versions originales. Pensons ici à Toi l’ami (All My Loving) par Richard Anthony (hormis l’excellent solo de guitare qui ne ressemble en rien à celui de George Harrison). Il y a aussi Mais ne viens plus (Don’t Bother Me) des Lionceaux, Tu changeras d’avis (excellente version de Bad To Me) par Lynn ainsi que les Et je l’aime (And I Love Her), Les garçons sont fous (Think For Yourself), Je lis dans tes yeux (I’m Looking Through You), Eleonor Rigby (Eleanor Rigby), Dis-moi (Here, There And Everywhere) et Dans 45 ans (When I’m Sixty-four) par respectivement Olivier Despax, François Fabrice, Danielle Denin, Erick Saint Laurent, la Québécoise Monique Leyrac et Marcel Amont.

Il y a aussi des versions surprenantes comme celle de I Wanna Be Your Man (Je te veux toute à moi de Jean-Claude Berthon). Étonnamment les arrangements de ce titre sont largement inspirés par l’interprétation qu’en avait faite les Rolling Stones à l’automne 1963. Encore plus intriguant, les paroles françaises sont signées Pierre Barouh, le même artiste qui a composé À bicyclette pour Yves Montand, la pièce Samba Saravah et chanté en duo avec Nicole Croisille la chanson thème du film Un homme et une femme de Claude Lelouch, en 1966. C’est comme imaginer Gilles Vigneault en train d’écrire les paroles françaises de Love Me Do. Comme dirait M. Spock, fascinant !

Une des versions les plus renversantes, en fait il faudrait plutôt dire adaptation, appartient à la chanteuse Szabo. Celle-ci nous interprète Il pleure dans mon cœur (Hey Jude) dans un arrangement très psychédélique. Et la cerise sur le gâteau c’est que les paroles françaises sont signées Verlaine. Pas Tom mais Paul, le célèbre poète français du XIXème siècle. Voilà une démarche très audacieuse et intéressante : Hey Jude en français dans une ambiance psychédélique avec des paroles françaises empruntées à l’œuvre de Paul Verlaine. Bien sûr, Serge Gainsbourg avait fait des emprunts à Verlaine pour sa chanson Je suis venu te dire que je m’en vais mais c’était une composition originale. Cette fois-ci, il s’agit d’une adaptation en y insérant le poème intégrale Il pleure dans mon cœur de Verlaine. Voilà quelques surprises qui attendent l’auditeur.

Bon, il y a aussi des versions plus douteuses comme Rève (Girl) par les Blue Notes, Le sous-marin vert (Yellow Submarine) par Jean-Marie et Raoul (je me retiens à deux mains pour ne pas vous dire que cette version est vraiment mauvaise car, dans un état second, elle peut aussi susciter un fou rire incontrôlable), Penny Lane de Dominique Walter (la version québécoise des Sinners est nettement meilleure) et Si tu fais ça (You Can’t Do That) par Les Fizz. Il y en a d’autres qui sont passables. Mais « Beatles 101 » n’offrait pas toujours n’ont plus la crème de la crème en ce qui a trait aux versions françaises du Québec des chansons des Beatles.

Ce qui compte ici, et c’est ça qui est important, c’est que cette série de CD permet de faire revivre un chapitre essentiel du catalogue Beatles en français. En ce sens les 21 titres sélectionnés pour le volume 1 sont représentatifs de la diversité du catalogue français dédié aux chansons des Beatles dans la langue de Molière. Le catalogue est vaste et les 5 volumes nous réserveront de belles surprises.

Il faut rendre hommage à Yvon Marie, Daniel Campy, Laurent Giacomelli, Jean-Claude Hocquet et Eric Krasker pour avoir mis sur pied cette collection de CD qui comble un réel besoin dans les archives Beatles. Nous ne pouvons aussi passer sous silence le rôle indispensable joué par la compagnie de disques Magic Records pour la publication de ces disques. Cette compagnie est l’équivalent français de Rhino Records et elle offre toujours des produits de qualité. Le dévouement de tous ces intervenants pour mettre en valeur le catalogue des versions françaises des chansons des Beatles via cette série de CD compilation est admirable.

Dans le cas de « La France et les Beatles vol. 1 », il faut souligner l’excellente qualité de la remasterisation des titres qui proviennent des bandes maîtresses originales. Par contre, plus de détails sur les chansons (dates d’enregistrement et de publication des titres, notes sur le projet « La France et les Beatles », etc.) auraient été appréciés. Cependant, l’idée de reproduire sur la pochette du CD toutes les pochettes originales en couleur des chansons de l’album est excellente.

Si vous êtes intéressé par ce CD « La France et les Beatles vol. 1 » et les volumes subséquents, vous devez savoir que ceux-ci sont distribués au Canada par la compagnie Fusion III. Je vous invite aussi à prendre les informations pertinentes à cette nouveauté discographique chez votre disquaire préféré. Cependant, je vous suggère de contacter notre commanditaire à Montréal Beatnick (coordonnées à la dernière page de ce bulletin) ainsi que le disquaire Rétro-Laser à Québec (numéro de téléphone sans frais : 1-877-682-9952) pour informations, réservation et commande.

En tenant compte de la valeur historique et de la qualité de la présentation visuelle et sonore, je vous recommande fortement l’achat du CD « La France et les Beatles vol. 1 » pour tous ceux et celles qui veulent découvrir les versions françaises publiées par les artistes français dans les années 60 et 70. Vous pourrez lire la critique de l’album « La France et les Beatles vol. 2 » un peu plus loin dans ce numéro.