Volume 11 No 3





L’autre Paul : Critique de l’album Chaos and Creation in the Backyard

par Alain Lacasse

Dans sa chanson The other me (Pipes of peace 1983), Paul McCartney chante « The other me would rather be the glad one/ The other me would rather play the fool/ I want to be the kind of me ». L’autre Paul a toujours été présent dans l’œuvre « McCartneyienne » mais de façon parcimonieuse.

Il y a le Paul conteur, inspiré par les grands créateurs de chansons comme Irving Berlin, Johnny Mercer, Cole Porter ou les duos comme Leiber-Stoller, Goffin-King et Pomus-Shuman. Il invente des personnages, des histoires et des univers. En exemple, je vous cite Honey pieOb-la-di, ob-la-da, Maxwell’s silver hammer, Uncle Albert Admiral Halsey, Band on the run, Yellow submarine, etc. Ce côté de Paul a largement contribué à sa réputation. C’est cette facette qui le distinguait de John Lennon. Ce dernier était tellement personnel dans son écriture, son œuvre et son univers.

Cependant, il faut rappeler que Paul a aussi une partie de son répertoire, souvent méconnue, tout aussi personnelle et intime. Comme exemples, je citerais l’éternel Yesterday, The other me, Dear friend, Maybe I’m amazed, My love, Here today, From a lover to a friend et ce nouvel album Chaos and creation in the backyard. Tiens, From a lover to a friend! Cette chanson de l’album Driving road (2001) annonçait en quelque sorte la couleur du plus récent CD de Paul.

Jamais Paul McCartney n’aura proposé un album aussi personnel et intime de toute sa carrière. Ce n’est pas qu’une ou deux chansons, comme il avait l’habitude de faire dans le passé, mais pratiquement tout l’album. C’est aussi fascinant de la part de Paul que si John avait écrit un album à partir de la vie d’Elizabeth 2. Si John avait fait ça, on aurait été plus qu’étonné. Le nouveau disque de Paul est encore plus personnel que McCartney (1970) ou Ram (1971). Et en plus, il est excellent.

Chaos and creation in the backyard privilégie certains thèmes de l’univers et en exclut d’autres. Les chansons parlent d’amitié, d’amour et de nostalgie, Ses grandes préoccupations environnementales, la paix dans le monde, les mines anti-personnelles, etc. sont plutôt absents des chansons de son disque. Paul montre aussi un côté plus sombre de lui, moins optimiste et jovialiste. On y découvre un artiste nuancé et complexe. On va au-delà de la traditionnelle image joyeuse de Paul McCartney. Paul a été audacieux et il a bien fait. Au niveau des textes, Paul privilégie encore la prose à la place d’une poésie personnelle. Paul n’est pas John, Dylan, Cohen et il le sait.

Cela ne pouvait que nous conduire à des compositions musicales d’une très grande richesse. Les mélodies sont très recherchées. Je pense ici à At the mercy, How kind of you, Riding to a vanity fair et Jenny Wren. Le tout amené par Paul presque seul en studio. Il y joue de pratiquement tous les instruments (Comme ce fut le cas pour McCartney (1970), McCartney 2 (1980) et, dans une moindre mesure, Flaming pie (1997) avec une prédominance du piano. D’autre part, la voix de Paul a vieilli. Elle est encore plus belle car plus émouvante. Il devient encore un meilleur interprète. Il n’a jamais chanté avec autant d’âme, révélé si finement aujourd’hui, grâce à ce répertoire, par la fragilité et la sensibilité de sa voix d’artiste âgé aujourd’hui de 63 ans. Il y a aussi du positif dans vieillir. Il y a peu de titres accrocheurs à part Fine line, Jenny Wren, Follow me et quelques autres. Vous y trouverez une forte couleur Beatles de la fin des années 60 et des sonorités plus personnelles mais pas vraiment de chansons rock comme « Lonely road » ou « Junior’s farm ». La réalisation de Nigel Godrich est particulièrement soignée et appropriée aux chansons du disque. Godrich a poussé McCartney dans ses retranchements, l’a défié, confronté et accompagné dans cette aventure artistique. C’est une réussite.

Je m’en voudrais de ne pas vous parler de la photo recto du CD Chaos and creation in the backyard). Ce cliché de Mike McCartney, datant de 1962, montrant Paul composant dans la cour de la résidence familiale illustre à la perfection le titre mais aussi l’ensemble des chansons de l’album. C’est ce qu’on appelle une image signifiante. Certainement l’une des plus belles pochettes de toute la carrière solo de Paul. Ca fait changement de la pénible pochette de Driving rain. A l’intérieur du livret, vous avez les paroles des chansons, une photo récente de Paul et des dessins de Brian Clark.

L’album contient 13 chansons et une pièce instrumentale cachée (I've Only Got Two Hands) écrite par Sir Paul à la fin du disque. J’avoue avoir de la difficulté à choisir mes chansons favorites sur ce disque. J’aime beaucoup la vitalité de Fine line, la magnifique Jenny Wren qui me rappelle Blackbird et Bluebird, A certain softness qui me fait penser à Footprints, Bluebird avec un piano qui me rappelle Antonio Carlos Jobim sur The girl from Ipanema ou Aguas de março, l’envoûtante How kind of you, Too much rain, le côté rétro de English tea et je reviens à nouveau à At the mercy et Riding to a vanity fair.

Est-ce le meilleur album de la carrière solo de Paul McCartney ? Je ne sais pas. C’est peut-être encore trop tôt pour le dire. En tout cas, il n’en est pas loin. Personnellement, je le mets au même niveau que Ram, Band on the run, Tug of war, Flowers in the dirt et Flaming pie. Chaos and creation in the backyard est un très grand album de Paul McCartney qu’il faut posséder à tout prix. Il nous permet de mieux connaître, comme si c’était encore possible, le plus grand artiste populaire encore vivant.

Chaos and creation in the backyard se présente en magasin en version standard et en édition spéciale limitée avec DVD. Le DVD contient notamment un excellent documentaire sur la production du disque (Between chaos and creation) un vidéo de la chanson «  A fine line » et d’autres belles choses.

Je donne une cote de 9¾ sur 10 pour Chaos and creation in the backyard. J’ai quand même un peu de scrupule à donner 10 sur 10. Bonne écoute.

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RINGO STARR – Choose Love (2005) Koch records

par Roger T. Drolet

Ce cher Richard nous surprendra toujours. Presque tous les fans des Beatles le tenaient pour moribond en 1970 et voilà que 35 ans plus tard, il est plus productif que jamais arrivant à faire paraître régulièrement des disques qui valent toujours l’écoute et à se livrer en performance live avec une étonnante vitalité.

Juin 2005, voici la dernière galette : Choose Love, traduction littérale Choisissez l’amour, un titre qui résume absolument le message que le batteur des Beatles martèle depuis qu’il est remis de ses excès et du tourbillon qui l’a emporté pendant une bonne vingtaine d’années. C’est la thématique de la pièce qui ouvre le disque, Fading In, fading Out : après sa mort, le plus important, c’est de laisser de l’amour. Les biens matériels, c’est pas grave, le mieux qu’on puisse faire, c’est de semer l’amour autour de soi. Ça vous rappelle quelque chose ?

Alors comment prendre ce disque ? Comme le veut son auteur, c’est-à-dire sans chercher de midi à quatorze heures ce qui peut bien se cacher ou ce qu’il a possiblement pensé en écrivant telle ou telle ligne ou en ajoutant tel ou telle sonorité. Des chansons simples et directes, amicales et faciles à fredonner et des petits riens qui nous font souvenir de vous savez qui ! Au fait, selon vous, lequel des quatre a sonné le plus « Beatles » dans sa carrière solo ?

Bien entendu, ce son pop-rock est dans la tradition de Ringorama qu’on avait bien aimé. Des riffs assez musclés, une rythmique puissante, une voix avec « reverb » et des arrangements léchés. On peut facilement croire que l’harmonie règne entre les Roundheads, le nom du band qui l’accompagne, et Ringo qui se sent très confortable dans cet environnement.

On peut certainement affirmer maintenant que Mark Hudson (ex-Hudson Brothers) est le George Martin de Ringo en ce sens qu’il traduit magnifiquement la magie Beatles en faisant sonner la musique comme l’ancien réalisateur du groupe aurait pu le faire. À la différence toutefois que Hudson est identifié comme co-auteur-compositeur -réalisateur des douze titres de l’album. Mais rien à redire là-dessus puisque l’ensemble tient très bien la route. Hudson tient les guitares et harmonies vocales et co-signe les chansons avec Ringo et de Gary Burr, Steve Dudas, Dean Grakal. Plusieurs autres musiciens ont prêté leur concours à la bande. Chrissie Hynde et Billy Preston se glissent même avec bonheur ici et là dans l’enchaînement des pièces. Plus on écoute, plus on aime. Essayez ! Le graphisme et les photos de la pochette sans prétention mais bien présentés, sont de Ringo lui-même, Barbara sa conjointe ou des membres de l’entourage.

Fin août 2005, un spécial télévisé, enregistré au Genessee Theatre in Waukegan (Illinois, USA) fut présenté sur le réseau PBS. Peut-être avez-vous eu la chance de le voir ? Il s’agissait en fait d’une prestation où Ringo, accompagné des Roundheads interpréta des pièces, anciennes et nouvelles, de sa prodigieuse carrière. Je me prends souvent à me demander pourquoi M. Starkey ne s’aventure pas sur la route avec cette formation, juste pour changer un peu des All Starr bands successifs, quitte à jouer dans de petites salles…comme le Capitole de Québec J ! Ce serait génial, j’en suis certain. Est-ce l’avenir nous réservera cette belle surprise ? C’est à souhaiter.

YOU’VE GOT TO PAY YOUR DUES
IF YOU WANNA SING THE BLUES
BUT NO MATTER WHAT YOU CHOOSE
CHOOSE LOVE

N.B. la copie fournie par Koch Records est la version régulière de l’album qui se détaille en magasin autour de 20 $ CDN. Une autre version, dite DD* (se détaillant autour de 27 $ CDN) qui comporte des séquences vidéo ne nous est pas parvenue.

* DD désigne le nouveau format "Dual Disc": L'album musical (CD) se trouve sur la face "A" du disque, et le contenu vidéo (DVD) sur la face "B".

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