Volume 10 No 1





The Beatles: The First U.S. Visit

par Patrice Gagnon

The First U.S. Visit est un documentaire de 81 minutes des cinéastes Albert et David Maysles qui nous présentent, sous un angle unique et privilégié, la frénésie entourant le premier séjour des Beatles en sol américain, depuis l'atterrissage de l'avion à l'aéroport JFK de New York jusqu'à son décollage, deux semaines plus tard. Si vous vous sentez ici en terrain familier, c'est tout à fait normal, puisque The First U.S. Visit a vu le jour en format VHS en 1992, suivi, en 1998, de son contemporain en DVD.

Les frères David et Albert Maysles et leur caméra se sont en effet vu accorder un accès quasi illimité aux Beatles durant ce séjour, que ce soit à leurs chambres d'hôtel, dans leur limousine, aux sessions de photo, aux conférences de presse, dans les clubs de nuit, etc. En outre, le DVD fournit l'occasion de voir (ou de revoir) des extraits des trois émissions du Ed Sullivan Show enregistrées par les Beatles durant ce séjour, et trois chansons tirées du spectacle au Washington Coliseum, le 11 février 1964.

Quoi de neuf justifiant une réédition de ce documentaire? " Enhanced picture ", clamait la promotion. Vous ne serez pas déçu! La qualité des images présente en effet une nette amélioration face à la version précédente. Vous remarquerez la différence surtout dans les portions en spectacle, soit lors des émissions du Ed Sullivan Show, mais aussi et surtout dans les extraits du Washington Coliseum. Il faut dire que la qualité du son a aussi grandement bénéficié du travail des ingénieurs, ici remasterisé en mono.

Quoi d'autre? Nouvel emballage, nouveau livret de seize pages, rempli de photos couleur et de citations des Beatles sur cette étape marquante de leur carrière. Mais il y a plus. Parlons donc contenu.

Les 81 minutes du documentaire original y sont présentées de façon intégrale et intacte. Cette nouvelle mouture nous réserve toutefois une cinquantaine de minutes de matériel additionnel, The Making of The Beatles First U.S. Visit, qui donne accès à des séquences jusque-là inédites ainsi qu'une entrevue avec le cinéaste Albert Maysles, qui partage avec nous ses souvenirs de cet événement. Parmi ces séquences inédites, notons des images prises lors de l'arrivée des Beatles à l'aéroport JFK, ou encore montrant John, George et Ringo téléphonant à la maison depuis leur chambre d'hôtel, aussi cette famille habitant à deux coins de rue du studio 50 de la CBS regardant les Beatles au Ed Sullivan Show sur leur appareil de télévision, des séquences en train, les Beatles quittant New York, etc.

La restauration des images et du son ainsi que l'ajout de quelque 51 minutes de matériel inédit valaient-ils une réédition? Et doit-on se laisser aller à débourser les vingt-quelques dollars demandés? Je réponds : Yeah! Yeah! Yeah!

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Lennon, la légende, images et mots

par Daniel Lambert

Ce livre fort original, aux Éditions du Seuil, écrit par M. James Henke, est à mon avis, tout simplement fantastique et ce, à plusieurs points de vue. Ce monsieur a une très bonne crédibilité en la matière puisqu'il a été pendant quinze ans rédacteur en chef du magazine Rolling Stone et est maintenant directeur, conservateur en chef et chargé des expositions au Rock And Roll Hall Of Fame A Museum de Cleveland aux États-Unis.

Dans ce livre de soixante-quatre pages, on y trouve plusieurs documents et reproductions inédites très surprenantes telles que le manuscrit original de plusieurs chansons (In My Life, Instant Karma, Imagine, etc.), une réplique d'une carte de membre du Cavern (moi, j'ai le numéro 10756 et j'en suis bien fier), plusieurs dessins d'enfant de John et un CD intitulé Mots et émotions. Le tout pour la somme de 79,95 $ pour la version française.

Ce livre a la très grande qualité d'intéresser aussi bien les mordus des Beatles que les novices en la matière. De plus, pour les collectionneurs, cet ouvrage va sûrement prendre beaucoup de valeur au fil des ans. Déjà, à la lecture des toutes premières lignes, on est littéralement " embarqués ". On y raconte qu'à leurs tout débuts, les Beatles avaient pour habitude de se livrer à un petit rituel lorsque le moral était à la baisse. Le voici : " Eh, on va où, là, les mecs? demandait John aux autres. Au top, Johnny, répondaient-ils. Et c'est où, ça, les mecs? Au supertop de la superpop! " Vous connaissiez ce cérémonial? Eh bien, pas moi.

Dans le chapitre Les Quarrymen, on y relate la première chanson que Julia enseigna à John, That'll Be The Day de Buddy Holly.

Dans le chapitre Sgt. John, on parle abondamment du livre qui l'a profondément marqué, Primal Therapy: The Cure For Neurosis écrit par Arthur Janov.

Dans le chapitre Oui, on raconte comment a eu lieu la rencontre historique avec Yoko Ono à la galerie Indica et aussi la signification d'une œuvre bien particulière, le " oui " que John a aperçu en regardant dans une longue-vue et dont il apprécia le symbole positif. C'est le chapitre, d'ailleurs, qui m'a le plus intéressé parmi les vingt-trois chapitres du livre.

Le livre est aussi agrémenté de plusieurs petites citations extraites d'entrevues qu'il avait accordées aux magazines Playboy et Rolling Stone. On en a pour notre argent, croyez-moi. L'auteur a l'objectivité de nous souligner les problèmes de drogue que John a eu au cours de sa vie.

Pour ce qui est du CD d'une durée de soixante minutes, il est composé principalement d'extraits d'entrevues au Mike Douglas Show en février 1972 et se termine avec la chanson Imagine.

Bref, un livre et un disque où les mots et les sons résonnent de toutes parts comme si John était vraiment à nos côtés. Ce livre dépasse de beaucoup tout ce qu'on a pu écrire sur lui et il occupe une place de choix dans ma petite bibliothèque.

Comme le dit si bien Yoko Ono à la tout fin : " John est certainement un des grands héros du vingtième siècle ".

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L'art des Beatles dans l'objectif de Whitaker


par Maude Pilon, Liverpool

C'est pour la 20ieme édition de la Beatles Week de Liverpool que le célèbre photographe du célèbre butcher cover fut spécialement invité à exposer ses célèbres grands clichés des célèbres Fab et une panoplie d'autres chef-d'oeuvres moins bien connus à la non moins célèbre Mathew Street Art Gallery de Liverpool. Du 1er août au 9 octobre 2003, les photos de Robert Whitaker prenaient tout leur sens en remplissant la toute petite galerie au-dessus du Beatles Shop dont les fenêtres donnent sur Mathew Street. Elles se vendaient d'ailleurs très bien, celles de la séance Rain\Paperback Writer, celles de la pochette Revolver, les John et Cynthia dans leur jardin, les Help dans le champ avec les tanks, les Paul et George avec la cage d'oiseau, John peignant, John et la fleur dans l'oeil, George et son chat, Ringo, Brian, tout ce beau monde dans la belle période, quoi! M.Bob, il faut bien le dire, eut l'honneur de prendre des photos du groupe le plus en demande à l'époque chaude, soit de 1964 à 1966. Il aura probablement aussi contribué à lui donner une image, à le définir et sûrement à faire ressortir la sensibilité en John, George, Paul et Ringo à laquelle le public ne put évidemment pas résister. Un peu du succès des Beatles lui revient, un peu oui, et il le sait ce Bob! Juste à voir le prix des photos, il le sait oui!

Le photographe australien rencontre Brian Epstein et est aussitôt assuré d'un poste de photographe pour NEMS. Il les croquera tous dans son objectif, les Billy J. Kramer, Gerry and the Pacemaker et Cilla Black. Il devient en 1964 le photographe principal des Fab Four, Brian étant charmé par son talent à faire ressortir la personnalité de ces sujets. Robert Whitaker est reconnu à cette époque comme artiste surréaliste et il travaillera également en ce sens avec le groupe. "Somnambulant Adventure" mieux connu sous le nom de butcher cover en fait foi. L'idée semblait très bonne... sur papier! Whitaker expliquera qu'il voulait prouver au monde que les Beatles étaient bien de chair et d'os, humains, vrais et qu'il tentait d'abolir cette idéalisation démesurée que leur public construisait autour d'eux, d'où l'idée de les photographier avec des morceaux de viande et des poupées démembrées. Concept cependant un peu trop poussé pour la masse... Le butcher cover fut retiré des étalages quelques temps après sa sortie...

A la fin des années soixante, Whitaker ajouta à son porte folio les non moins grands Salvador Dali, Mick Jagger, Eric Clapton et aussi d'autres volets de son travail l'emmenèrent à couvrir les guerres du Vietnam et du Cambodge. Mais Bob appartenait d'abord et avant tout au domaine des arts. Il connaissait d'ailleurs Yoko Ono avant même qu'elle ne rencontre Lennon. Ceci dit, Robert Whitaker sut certainement donner aux Beatles une image tout à fait unique en tant que groupe et aussi et surtout en tant qu'individus. Il cerna de façon très sensible toute leur dimension artistique, ce qui n'est pas peu dire, n'est-ce pas?